Apprendre à prier
Pourquoi apprendre à prier ?
Si prier veut dire demander, solliciter, implorer, quêter on n'a pas à l'apprendre. On sait très bien demander depuis notre petite enfance. On nous l'a appris et on n’a pas eu de difficulté à le retenir. Par contre on a peut-être mal appris à demander. On nous a pourtant montré comment demander. J'entends ma mère me dire : «Comment on demande ?» «S'il te plait maman...». Il y a une façon de demander sans commander, sans s'imposer. Il y a une façon polie ou impolie de demander, donc de prier. Seigneur apprends-moi à prier !
Sans doute que les apôtres, voyant Jésus s'éloigner pour prier, et peut-être prier longtemps, et voyant Jésus tout transformé après sa prière, sans doute que les apôtres souhaitaient vivre cette expérience. Tous les matins, je vois des personnes qui demeurent une ½ heure, une heure, deux heures dans l'église et qui prient les yeux fermés. Comment font-elles ? Quel est le contenu de leur prière ? Je suis incapable de les imiter, car je ne sais comment elles font. Je sais ce qu'est prier, mais je ne sais pas vraiment comment prier, prier longtemps, sans formule toute faite. Seigneur apprends-moi à prier.
J'ai appris, comme vous, qu'il y avait plusieurs sortes de prières. La prière d'adoration, la prière de reconnaissance, la prière de demande et la prière d'offrande. Je réalise que c'est avec la prière de demande que je suis le plus à l'aise, même si je ne sais pas si je sais bien demander. Je me souviens que lorsque je remerciais ma mère pour la bonne tarte, elle réagissait tout de suite en me disant : en veux-tu un autre morceau ? Mon merci était une demande. Et quand je lui en demandais gentiment un autre morceau, elle le recevait comme un compliment, comme un merci. Un merci devient une demande et une demande devient un merci.
En est-il ainsi avec les autres prières ? Quand je dis à ma mère : « je t'adore », elle se sent reconnue, appréciée et elle devient disponible pour me rendre service. Quand je m'offre à lui rendre service, elle se sent reconnue, elle l'apprécie et parfois elle soupçonne que je veux lui demander quelque chose.
Au fond, toute prière recouvre les 4 volets : adoration, reconnaissance, offrande et demande. On retrouve tous ces aspects dans la longue prière eucharistique. Dans le Notre Père on commence par se situer. On se dit fils ou fille du Père, et en l'appelant « papa » on se dit mutuellement intime et proche de Dieu et Lui de nous et entre nous. Quand on souhaite que Son Nom soit connu et reconnu, que sa volonté soit faite et que son Règne vienne, ces vœux ne doivent pas n'être que pieux. Ces vœux nous engagent à faire en conséquence pour qu'ils deviennent réalité. Les trois demandes qui suivent deviennent en principe réalité. En effet, on ne peut dire avec vérité « notre Père » sans se vouloir et se comporter en frères et sœurs, donc sans partager notre pain quotidien, sans se pardonner mutuellement, sans résister à la tentation de renier le Père ou le frère ou la sœur. Le « notre », le « notre Père » sont deux mots très importants. Ces deux mots disent tout. Ils sont en soi une prière, la prière quand on les dit ensemble. Ils obligent à l'intimité entre nous et Dieu, ils supposent la communion entre Dieu et nous. Seigneur, apprends-nous à prier !
Yves Gazeau
Article paru le 25 juillet 2010
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