Où demeurez-vous ?
Je ne sais comment vous réagissez quand on vous demande, sans trop connaître la personne, où demeures-tu ?
J’hésite parfois à répondre, du moins à être trop précis sur les informations. Je vais répondre à St Lambert, dans le village, sur telle rue….j’hésiterai à trop préciser. Je ne tiens pas à ce qu’on vienne chez moi sans m’en informer, sans me dire pourquoi.
J’ai besoin de mon intimité. Je ne suis pas toujours disposé à laisser entrer quelqu’un chez moi, à le faire entrer. Car entrer chez moi, accueillir quelqu’un chez moi, c’est accepter qu’il entre en moi, c’est s’engager à vivre une certaine intimité. J’ai besoin de me protéger. C’est risquer, au moins pour un certain temps, une cohabitation. Pour cohabiter avec quelqu’un il faut être en confiance, il faut se sentir accepté tel qu’on est.
J’ai déjà dit à ma visite : « sentez-vous bien à l’aise, vous êtes chez vous. »
Au bout de quelques jours, si non de quelques heures, ils se sentaient tellement
chez eux, que moi je n’étais plus chez moi, en moi.
Dans l’évangile, je comprends que Jésus m’invite à demeurer avec lui, à cohabiter avec lui. Et il insiste. Mais si je vais demeurer chez lui, Il va après s’inviter à demeurer chez moi. Alors je lui ai fait part de mon cauchemar en toute vérité. Je lui ai dit :
Jésus, si tu veux venir chez moi, sache ceci : je ne réside pas dans un milieu huppé. Ce n’est pas résidentiel. C’est semi-commercial pour ne pas dire pauvre et ouvrier.
Il m’a dit :
Je n’ai pas de problème, j’ai un faible pour les pauvres.
Mais Jésus l’extérieur de chez moi risque de te décevoir.
Il m’a dit
Ton extérieur est moins important que ton intérieur.
Tu sais, Jésus, je ne fais pas le ménage chez moi tous les jours. La poussière, les toiles d’araignées, les fourmis et bien d’autres choses habitent chez moi.
Jésus me dit :
Je peux t’aider à faire le ménage chez toi, et si tu veux même le ménage en toi.
Oh là ! Si je comprends bien tu t’invites là où j’habite, tu t’invites chez moi, en moi ! Non seulement tu es intéressé à savoir où j’habite, mais aussi ce qui m’habite.
Jésus s’est senti mal compris, peut-être un peu indiscret et même menaçant. Il a réagi gentiment.
Si je te visite c’est pour te rencontrer toi, pour dialoguer avec toi, pour faire ta connaissance, pour faire connaissance….
Jésus, je t’arrête là. Si tu me connaissais de l’intérieur, si tu savais ce qui m’habite, mes peurs, mes angoisses, mes ombres, mes questions, mes mensonges aux autres et à moi, mes erreurs, mes hypocrisies…
Jésus m’arrêta et me dit.
Je voulais juste te rendre visite, une visite signifiante pour toi et pour moi. Pour nous deux. Et je constate que je ne suis pas encore allé chez toi, en toi.
Jésus me fit alors une autre proposition. Il me demanda si je serais plus à l’aise d’aller demeurer chez Lui, d’aller demeurer avec Lui. Je lui ai répondu que je ne serais pas plus à l’aise chez lui. Il me dit :
Chez moi, c’est chez mon Père ou si tu veux chez moi Père c’est chez moi. Je dirais même mieux. Chez mon Père c’est chez moi et c’est ton chez toi. Chez nous tu seras chez toi et tu seras ce que tu es, comme tu es; chez nous, chez toi, tu seras qui tu es. C’est de même que mon Père et moi on est. On est ce qu’on est. On est qui on est.
Ça me plairait, peut-être. Mais moi, je ne suis pas parfait comme vous.
Il me répondit :
On est fait pour aimer, pour aimer ceux qui ne s’aiment pas, pour aider ceux qui ne s’aiment pas à s’aimer.
Ben ! Je pense que chez vous, avec vous c’est tout indiqué pour moi. Il me semble que chez vous, je me sentirais chez moi, en moi, avec vous.
Tu es le bienvenu ! Chez nous ce n’est pas le paraître qui compte. C’est notre être en toute vérité. C’est la vérité avec soi-même et les autres qui fait qu’on a le goût de demeurer ensemble.
Yves Gazeau
Article paru le 17 mai 2009
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