Faut être branché
La parabole de la vigne est très belle. Mais j’ai été surpris lors d’une réunion de parents qui demandaient le baptême de leur enfant d’apprendre qu’ils ne savaient pas ce qu’était un sarment. Si on ne sait pas ce qu’est un sarment on ne peut pas comprendre la parabole. Si Jésus avait été québécois il aurait pris l’exemple du pommier ou du rosier que l’on émonde, que l’on taille à l’automne ou au printemps pour que les pommes ou les roses soient plus belles. Peut être moins nombreuses, mais plus belles.
Je reprends alors la parabole de la vigne. Jésus se dit la vigne, (le pommier, le rosier). Et il dit que ses disciples, et que nous-mêmes, nous sommes les sarments, les branches de la vigne. Si on n’est pas branché sur la vigne, si on est une branche coupée et tombée à terre, il est évident que la branche, que le sarment sèche et n’est bon que pour faire du feu.
Jésus nous demande d’être branchés sur lui pour que le courant passe, d’être attachés à lui pour que la sève circule en nous, d’être connectés à lui pour que la vie, pour que sa vie circule en nous, passe en nous. Pour que nous soyons vivants et que nous portions du fruit, pour que nous donnions du fruit de la vigne, il nous faut être branchés, connectés, attachés, entés à lui, sur lui. Pour qu’on puisse dire, que ce que nous sommes, que ce que nous faisons, est chrétien, il nous faut agir en Christ, penser en Christ, vivre en Christ, être en Christ. Je sais que ça sonne mal, mais c’est ça notre réalité, notre vérité.
Alors boire le sang du Christ, manger le corps du Christ n’est pas qu’une manducation ou une boisson... c’est une communion, c’est s’engager à être et à faire comme Jésus, c’est s’investir dans le projet de réalisation et d’humanisation personnelle et de transformation de notre milieu. Communier à Jésus et être branchés sur Lui c’est se compromettre comme lui, avec lui, pour lui. C’est se solidariser avec lui pour aller vers les autres, et tout spécialement les plus démunis, les plus souffrants. Communier c’est être habité par les mêmes convictions que Jésus.
Et si le vigneron, si le Père nous émonde et nous taille ce n’est pas pour nous punir, pour nous faire souffrir mais pour que notre fruit soit plus beau, soit plus appétissant, soit plus sain. C’est ça le sens de la souffrance, des épreuves. Le Vigneron, le Père, Dieu, comme on dit: c’est la vie. C’est la vie qui nous éprouve, qui nous corrige, qui nous teste, qui nous émonde. Ce sont les relations aux autres, c’est vivre avec et pour les autres qui nous émonde. C’est la construction d’un monde plus humain qui nous émonde. C’est la solidarité avec les autres et pour les autres qui nous émonde. Ce n’est pas Dieu qui nous fait souffrir pour nous faire souffrir. C’est notre choix de vie, c’est notre volonté d’être et de faire comme le Christ qui nous émonde. Au fond, on pourrait dire que nous sommes notre propre émondeur. Branchés et émondés pour vivre.
Yves Gazeau
Article paru le 10 mai 2009
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