Voyez mes blessures, voyez nos blessures et vous croirez !
Il n’est pas facile de saisir le mystère de la résurrection. Bien des questions demeurent qui nous obligent à rester dans le registre de la foi. Qu’est-ce qu’un corps ressuscité ? Un corps ressuscité peut-il encore avoir des plaies, des cicatrices, peut-il manger du pain, du poisson ? Un corps, si c’est un corps peut-il passer à travers les murs ? Qu’ont vu, qu’ont touché, qu’ont rencontré les apôtres?
Que disons, que comprenons-nous quand nous disons dans le credo : AJe crois à la résurrection de la chair et à la vie éternelle ?
L’idée d’une vie après la vie existait au temps de Luc. L’Islam, le Bouddhisme ont leurs petites idées qui ne nous satisfont pas. L’Indouisme parle de réincarnation. Le marxisme annonçait le Grand Soir. C’en est devenu un cauchemar dans les pays communistes. Les apôtres, les chrétiens à leur suite parlent de résurrection. Mais quand on veut expliquer la résurrection on dit que ce n’est pas un réincarnation... et on ne parle que de la réincarnation, évitant ainsi de dire ce qu’est la résurrection.
Luc a du relever ce défit. Les disciples d’Emmaüs sont tout excités et essoufflés. On a marché avec Jésus, il nous a tout expliqué, et même on a mangé avec lui, on l’a reconnu à la fraction du pain. C’est énervant ! On a vu le Seigneur ! Ils ne disent pas « on a vu Jésus ». On a vu celui qui est devenu le Seigneur. Et nous comprenons : « on a vu le ressuscité. » Et pendant que les disciples d’Emmaüs en parlaient, le Ressuscité est là et tous le reconnaissent à sa salutation : « la paix soit avec vous! »
C’est alors que Luc insiste en faisant dire au Ressuscité : « Pourquoi êtes-vous tout énervés, si bouleversés ? Qu’est qui se passe ? Que voulez-vous comme preuves de ma résurrection ? » ( Avoir des preuves ce n’est plus croire, c’est constater, c’est voir, c’est savoir.) Le Ressuscité se donne à voir et à toucher. « Voyez mes mains et mes pieds: c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez: un esprit n’a pas de chair ni d’os, et vous constatez que j’en ai. » Comment Jésus, fait Seigneur, peut-il prouver ce qu’il dit : « regardez un esprit, sans chair , sans os... un esprit ne peut être vu... » On peut au mieux en voir les effets, comme on ne voit pas le vent, mais on en voit les effets.
Je reviens à Luc. Il insiste fortement. Jésus prend le temps de leur montrer ses mains et ses pieds.
Il n’est pas dit que les apôtres ont eu besoin de toucher. Mais, Jésus va plus loin. Il leur demande quelque chose à manger. Ils lui offrent du poisson grillé. Il l’a mangé devant eux. Et il leur dit: « Relisez les Écritures. Tout ce qui m’est arrivé avait été annoncé, était prédit. Mais ce n’est pas ce que vous vouliez entendre. Vous vous attendiez à un Messie qui prenne le pouvoir, qui renvoie les romains chez eux. Vous vous attendiez même à être nommés ministres dans mon gouvernement. Vous vous attendiez à ce que je vous venge, à ce que je juge et condamne vos adversaires. Je ne suis pas venu pour être servi, mais pour servir, non pas pour condamner mais pour libérer, non pas pour exclure mais pour inclure. C’est vous qui en êtes les témoins.
Vous êtes les témoins de ma vie donnée librement, vous êtes les témoins de ma miséricorde et de ma préférence pour les petits de ce monde. Faites de même, que les gens voient vos mains blessées par les services rendus, vos pieds usés pour vos démarches envers les autres, votre coeur souffrant de voir les autres souffrir. Alors les gens croiront à mon re-lèvement, parce que vous aurez re-levé les autres. Les gens vont croire à la Résurrection du Christ si nous ressuscitons, si nous mettons debout les gens humiliés et écrasés. »
Yves Gazeau
Article paru le 26 avril 2009
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