Le monde a besoin de notre espérance pour sortir de la crise.
Jésus sort de son baptême et l'Esprit l'envoie au diable, chez le diable. Aussitôt son baptême Jésus est tenté par le diable. Ça parle au diable ! On connaît ça ces expressions mais aussi ce fut et c'est encore notre réalité. À peine la bonne résolution prise, on recommence. À peine notre résolution de carême prise, on rechute. Jésus a-t-il rechuté? Pouvait-il rechuter s'il n'avait pas chuté auparavant. Se peut-il que le fils de l'Homme ait été tenté d'oublier d'être homme , de se réaliser comme homme, d'accepter les limites humaines et qu'il ait été tenté de vouloir utiliser son pouvoir divin? Oublier d'être humain et tenter de n'être que Fils de Dieu ? Au désert, Jésus aurait fait face aux idoles du pouvoir, de la toute puissance : faire du pain avec des pierres, tester Dieu en se jetant en bas du temple, jouer à la magie, se mettre à genoux devant le Mensonge, l'hypocrisie. Le fils de l'Homme aurait-il été tenté de devenir idolâtre, de prendre la place de Dieu, de se prendre pour Dieu ?
Il est vrai qu'au désert, à cause de la solitude, à cause de la soif, à cause de la faim, on risque de voir des mirages. Le désert est propice aux rêves, à l'idéalisation. Mais le désert est aussi favorable à la réflexion, à l'intériorisation, au discernement. Entrer en carême de 2009 c'est en quelque sorte aller au désert. Et en 2009, on pourrait faire un lien entre notre carême, le désert et la crise économique et financière que nous vivons.
Allons-nous, durant ce carême, tirer profit de cette crise pour faire un discernement, pour faire un ménage dans nos priorités, pour jeter aux vidanges nos idoles, pour hiérarchiser nos valeurs ?
Quelles sont les idoles qu'on nous propose pour sortir de la crise ?
Continuer de consommer...c'est ce qu'on a toujours fait. Continuer à produire, continuer à faire des profits, continuer à capitaliser, continuer à investir, continuer à faire confiance au crédit, continuer
à compétitionner, continuer à avoir plus, à pouvoir plus, à perfectionner plus, à faire plus. Tout ce langage finit par nous imposer des idoles. L'Individualisme, l'égoïsme, le protectionnisme sont autant de tentations du diable. Il ne s'agit pas de nier l'importance de l'économie. Il est important de penser aux infrastructures, il est bon de créer des emplois. D'accord, mais.
La crise, notre désert à nous, peut être une bonne chance de revoir nos valeurs humaines, nos valeurs sociales et politiques. C'est bien de créer des emplois en pensant à améliorer les infrastructures de voirie, mais qui pense et parle des infrastructures humaines et socio politiques ? Qui parle de l'être humain ? Qui parle de partage avec les plus démunis ? Qui parle des conditions humaines du travail?
Qui ose parler des conséquences des heures de travail sur le couple et la famille ? Qui oserait questionner l'ouverture des magasins le dimanche ou tard le soir sur semaine. Les questions qu'on devrait se poser durant la crise ( donc durant notre carême) et les réponses à trouver non seulement pour sortir de la crise, mais pour qu'elle ne se reproduise pas, ne manquent pas.
Individuellement on peut se sentir impuissant. Mais ensemble on peut influencer nos choix de société. Un vote n'est pas grand chose, mais chaque vote a beaucoup de poids. C'est le dernier flocon de neige qui fait que la branche de sapin casse, c'est la dernière goutte qui fait déborder le verre.
Le chrétien qui s'accroche à l'ancre du Christ, le chrétien qui est habité par l'espérance en un Royaume de paix, de justice et de partage, le chrétien qui croit en Dieu et en l'homme a un rôle, une mission à assumer. Le monde, notre monde a besoin de notre espérance.
Si c'était cela notre résolution de carême !
Yves Gazeau
Article paru le premier mars 2009
|