Avoir le courage de la rencontre de l’autre
L’évangile de dimanche dernier se terminait ainsi : Jésus alla par toute la Galilée, il prêchait dans les synagogues et chassait les démons. 1, 39
L’évangile d’aujourd’hui est la suite. Un lépreux ( ou un démon) demande la guérison. Vous pouvez remarquer que Jésus le guérit comme s’il le faisait à contre cœur, pour avoir la paix, pour s’en débarrasser. Selon certaines traductions, «Jésus le rudoie et le jette dehors» et non pas «Jésus le renvoya avec cet avertissement». Qu’est-ce qui se passe ?
Il y a une certaine confusion entre la lèpre et la possession du diable. Est-ce une guérison ou un exorcisme, ou les deux à la fois ? Généralement quand Jésus fait un exorcisme, il parle sévèrement à l’esprit mauvais et lui ordonne de sortir, de quitter le possédé.
Jésus sait qu’être en contact avec un lépreux le rend impur. Donc Jésus veut éviter ce contact. Par ailleurs le lépreux sait qu’il ne peut entrer en contact avec quelqu’un, qu’il doit fuir tout contact s’il ne veut pas s’attirer des ennuis. La lépreux et Jésus ne peuvent et ils ne doivent pas se rencontrer mutuellement.
Le miracle de la guérison vient nous faire comprendre la dynamique qui existe, lorsque deux personnes acceptent sincèrement d’aller à la rencontre de l’un et de l’autre , malgré leur peur de faire mal ou de se faire mal mutuellement. Un déblocage survient quand on prend le risque du contact, quand on accepte d’exister devant autrui avec toute sa fragilité et quand autrui accueille chaleureusement cette démarche.
Le lépreux était excommunié parce que contagieux. Il était déclaré religieusement un impur. Quand Jésus et le lépreux décident d’entrer en relation ils posent trois gestes :
- Le 1er, ils contestent les catégories religieuses,
- Le 2ième, ils brisent la dynamique de l’excommunication,
- Le 3ième, ils assument les risques de leur rencontre.
Voilà ce qui est libérateur pour l’un et l’autre:
- agir non plus en fonction des conventions sociales et religieuses,
- non plus agir en fonction de ses peurs,
- mais, agir en fonction de l’événement qui surgit devant soi et qui fait sens pour soi,
- agir en relation avec la personne qui est là devant soi, avec ses problèmes et ses ressources,
- et faire avec elle le bout de chemin que l’on peut.
Nous avons tous fait de pareilles expériences. Agir selon sa conscience et sa volonté vraie en espérant qu’il en est de même pour l’autre personne.
Yves Gazeau
Article paru le 15 février 2009
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