La fièvre
Qu’arrive-t-il quand, comme la belle-mère de Pierre, nous sommes fiévreux? Nous n’avons plus d’énergie, nous n’avons plus d’appétit, nous n’avons plus le goût de rien. Dans ces moments-là, le travail, la concentration, la prière nous sont difficiles.
C’est quand je suis malade que je comprends mieux l’expérience de Job, de la belle-mère de Pierre et des nombreux malades qui se présentaient devant Jésus.
L’auteur du livre de Job et l’évangéliste Marc n’ont pas pour but de nous expliquer le pourquoi de la souffrance et de la maladie. Ils nous présentent des personnes qui souffrent et qui sont malades. Entrons dans leur expérience.
Job
Après avoir connu des années de bonheur et de prospérité, Job perd tout et est atteint de la lèpre. Sa maladie lui fait perdre son ressort intérieur. Quand, comme Job, nous perdons notre ressort intérieur, nous sommes invités à entrer dans son expérience pour y découvrir un chemin qui va nous aider à traverser notre propre maladie.
Nous découvrons que Dieu encourage Job à crier sa souffrance, sa colère, son ressentiment face à cette situation injuste. Il ne refoule pas son ressentiment à l’intérieur de lui-même. De plus, Job découvre que sa maladie n’est pas une punition de Dieu. Il a conscience qu’il a vécu jusqu’à date une bonne vie. Au coeur de sa maladie, Job garde confiance que Dieu n’est pas contre lui mais avec lui. Il lui adresse cette prière: «Souviens-toi, Seigneur, ma vie n’est qu’un souffle.» Autrement dit: «Regarde, Seigneur, je n’en peux plus.» À certains moments notre prière ressemble à la sienne.
La mission de Jésus
En Jésus, nous voyons Dieu qui se compromet dans la détresse humaine. Jésus comprend que sa mission ne consiste pas à donner des explications sur le pourquoi de la souffrance et de la maladie. Il comprend que sa mission consiste à se faire proche de ceux et celles qui sont malades et qui souffrent afin de lutter avec eux contre l’emprise du mal ou de la souffrance sur eux. Pour Jésus, le règne de Dieu arrive quand il agit comme un libérateur de souffrance et de mal. Jésus n’est pas venu enlever la souffrance et la maladie dans le monde mais il est venu libérer la personne de l’emprise que la souffrance la maladie ont sur elle.
La maison de Capharnaüm
Aujourd’hui nous sommes dans la maison de la belle-mère de Pierre. Jésus vient nous rencontrer. Si, comme la belle-mère de Pierre, nous sommes atteint de la fièvre et que nous sommes couchés c’est-à-dire que nous n’avons plus de ressort intérieur, Jésus, durant cette eucharistie va s’approcher de nous comme il s’est approché de la belle-mère de Pierre.
En nous donnant son pain, c’est notre main qu’il prend. C’est sa force qu’il nous donne pour nous lever (symbole de la résurrection). C’est alors que la fièvre nous quitte c’est-à-dire que nous avons du ressort intérieur pour nous lever. C’est là que nous pouvons commencer à le servir.
Servir
Le servir, c’est dire comme saint Paul: « Pour nous, évangéliser devient une priorité.» Évangéliser, annoncer comme Jésus la Bonne Nouvelle devient une priorité. La priorité pour Jésus c’est de passer de ville en ville afin de guérir les coeurs brisés et de soigner leurs blessures, comme le dit si bien le psaume d’aujourd’hui.
Souvent j’ai de la misère à aller vers les coeurs brisés. Je ne sais quoi dire, quoi faire. Jésus m’offre une piste ce matin: agir comme il l’a fait pour la belle-mère de Simon. Prendre sa main et l’aider à se lever.
Prendre la main signifie bien souvent visiter la personne, écouter son cri de souffrance, compatir à sa souffrance, la déculpabiliser, accueillir dans le silence sa souffrance, prier pour elle et avec elle.
La faire se lever. La faire lever, c’est l’aider à trouver en elle la force, le ressort pour passer au travers de sa souffrance. C’est l’aider à se libérer de l’emprise que la souffrance a sur elle.
La prière
Mais agir comme Jésus peut devenir épuisant. C’est alors que nous avons besoin, comme lui, d’aller dans un lieu désert pour refaire nos forces et pour prier. Mgr Coffey, ancien évêque de Marseille disait: «Jésus ne serait pas allé aussi loin dans l’évangélisation s’il ne s’était pas retiré aussi loin dans la prière.» Un autre évêque disait: «Un évangélisateur qui ne prie plus, bientôt n’évangélisera plus.» Prier et se faire proche des coeurs brisés vont ensemble.
La Bonne Nouvelle de ce jour c’est:
Avec Job, je peux crier toutes les souffrances qui surgissent dans ma vie.
Ici, dans la maison de Simon, Jésus s’approche de moi, me prend la main, me donne sa force pour me lever et m’invite à le servir.
Avec Paul, j’ai la responsabilité d’annoncer l’Évangile en me faisant, comme lui, le serviteur de tous. Qui, dans mon entourage a besoin que je lui prenne la main et que je l’aide à se lever? Dans le temps de silence qui va suivre, amenons à Jésus tous les malades de notre entourage.
Article paru le 8 février 2009
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